[Écriture] Journal de Perthro #2

Certains détails sont si clairs dans mon esprit. Comme si tout cela s’était déroulé hier. Et pourtant… 

Maître Jonas m’a fait parvenir il y a de ça plusieurs mois un message, dans lequel il me priait de le rejoindre à Vercol. Il souhaitait que j’intègre l’Ordre Rouge afin que ma différence soit reconnue et que je ne sois plus une hors la loi. Car oui, je suis différente de la plupart des gens. Pas à cause de mes cheveux rouges, ou de mes yeux d’un bleu si clair qu’ils peuvent sembler entièrement blancs à première vue. Je suis ce que maître Jonas appelle une lanceuse de sorts. Appelait… Je n’arrive toujours pas à me faire à l’idée qu’il ait quitté ce monde…

Au cours de mon enfance, vulnérable, je me suis réfugiée dans le tombeau d’un ancien seigneur, Medrawt Myrkur. Un seigneur guerrier. J’ignorais qu’en me protégeant ainsi de la pluie, de l’orage, j’allais sceller une étrange alliance avec ce seigneur immortel. J’étais jeune. J’ai probablement été naïve. Inutile de revenir sur les erreurs du passé, il faut apprendre à vivre avec. C’est en tout cas suite à ce lien qui m’unit à cet être surnaturel qu’une certaine aptitude magique est apparue. Et Jonas m’a appris à canaliser ce don, à le maîtriser. 

C’est sur la route pour Vercol que j’ai rencontré Kero le nain guerrier, Argawen l’elfe barde, Gorgorow l’homme serpent et Blast le demi elfe. Eux aussi étaient attendus à Vercol, pour les mêmes raisons que moi. En faisant un peu connaissance jusqu’au lieu de rendez-vous, nous en sommes arrivés à la conclusion que nos maîtres, nos mentors, se connaissaient et qu’ils étaient amis. Durant notre marche, je me suis interrogée sur cet Ordre Rouge, me demandant comment mon intégration allait se faire. Je ne doutais pas un instant que Jonas me proposait cela pour mon bien. Il a toujours œuvré dans ce sens. 

Nous nous sommes rendus à la seule auberge de la petite ville, le Renard Argenté. Mais aucun de nos mentors n’était là. L’aubergiste m’a confirmé qu’ils étaient bien venus, mais qu’ils avaient quitté la ville dans la précipitation deux jours avant notre arrivée afin de rallier Norpont, situé à quatre jours de marche de là. Cette nouvelle m’a rendue soucieuse. Qu’est-ce qui pouvait être si important, si urgent, pour que Jonas ne m’attende pas ? Je savais qu’il avait ses propres affaires à régler, mais le ton de son message me laissait entendre qu’il avait hâte de me revoir pour me présenter à cet Ordre Rouge. Il se tramait quelque chose. 

D’un commun accord, mes compagnons et moi-même avons décidé de partir nous aussi dès le lendemain pour Norpont, sur les traces de nos mentors. Ces derniers étaient des seigneurs appréciés, tenus en très haute estime dans cette petite bourgade qu’est Vercol. Quelque chose clochait, je le sentais au plus profond de moi. Une fois nos provisions prêtes, nous nous sommes donc remis en marche. L’aubergiste nous a indiqué un relais à mi-chemin, celui du Corbeau d’Or. Pour l’atteindre, nous avons longé le Bois au Sacre, dont certaines personnes à Vercol nous ont dit qu’il était hanté. Lors de notre première journée, je dois admettre que je commençais à donner du crédit aux racontars de ces gens. Plusieurs fois, j’ai perçu des bruits provenant des bois, des sensations étranges d’être observée, épiée. 

C’est le lendemain que j’ai compris que ce qui hantait ces bois n’était qu’une bande de brigands. Ces derniers nous ont attaqués. Ils ne savaient pas que nous allions leur opposer une farouche résistance, et ils ont fini par fuir dans les profondeurs de la forêt, nous laissant continuer notre chemin. 

Au relais du Corbeau d’Or, nous avons appris que nous étions bien sur la bonne piste, que nos maîtres y étaient bien passés trois jours auparavant. Déterminée à revoir Jonas tout autant que mes compagnons de revoir leurs mentors, nous avons passé la nuit là avant de repartir au matin. 

Au quatrième jour, le lieu d’une ancienne embuscade nous a arrêtés. Après avoir examiné l’endroit, nous avons tous les quatre pensé que ce piège avait été mis en place contre ceux que nous cherchions à rejoindre. Suivant des traces de ce qui semblait être des traits de brancards traînés sur le sol, Kero a trouvé un pendentif en forme de gland, qu’il savait être celui de Kerori, son maître. Continuant à suivre les indices, nous sommes arrivés à proximité d’un campement d’où l’on aperçoit des orcs. Submergée de colère, de chagrin, persuadée que ces créatures avaient fait du mal à Jonas, j’ai serré mes poings avec force. Autour d’eux, l’énergie s’est mise à crépiter, et, levant un bras vers les abris de fortune, j’ai lâché un éclair magique. Je ne suis pas fière d’avoir laissé mes émotions me guider. Surtout que les orcs que nous attaquions ainsi étaient déjà pas mal en point, mais nous ne l’avons su que plus tard, alors que l’un d’eux nous suppliait de les épargner. Leurs blessés l’avaient été par nos propres mentors qui étaient partis depuis. Nous étions toujours sur la bonne piste, mais Jonas restait introuvable. Il ne nous restait plus qu’à rejoindre Norpont, notre destination première, pour tenter d’en apprendre davantage là-bas. 

Il est temps pour moi de poser plume et parchemin. Demain encore une longue route nous attend avant de regagner ce fort que Sirka Elsi veut que nous réhabilitions. Le Fort Baldur, loin encore au sud. Abandonné depuis des lustres… Qui sait ce qui nous y attend ? 

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